La confession
Le
rituel commençait toujours de la même manière: «
Pardonnez moi mon père, parce que j' ai beaucoup péché».
Surtout il ne fallait pas oublier le: beaucoup. Puis toujours, selon
une formule préétablie : « Mon père
je m' accuse ». Dès que j' eu compris le système,
je prenais, bien calé contre la paroi qui me tenait séparé
de l' abbé, le petit manuel des paroisses et récitais
avec beaucoup d' inspiration la liste des péchés, je
faisais attention à laisser des passages muets ce qui semblait
me donner un instant de réflexion. Il est vrai qu' il m' est
arrivé, d' avoir envie d' aller jouer, et sans trop réfléchir,
je débitais la liste de mes impuretés, en citais même
que j' avais oublié de commettre. En voyant le pauvre vieux
curé s' offusquer au point de s' étouffer, je
comprenais très vite que j' avais fait une faute grave en m'
accusant de ce que je n' avais pas fait, et reprenais: «
Nan celui-là, je l' ai pas fait ». Alors il s'
énervait: « tu dois de tout te confesser, si
tu veux que dieu te pardonne, il le sait lui, ce que tu as fais, il te
voit ». Dans ma petite tête je pensais, pourquoi
venir tout raconter puisqu' il sait tout, et puis un jour, il me
lance: « est ce que tu t' es touché?»
Les toutes premières fois, je ne comprenais pas trop, j' avais
envie de me gratter la tête pour mieux réfléchir,
mais ayant peur d' en ajouter à la liste en me touchant la
caboche devant lui, j' ouvre de grands yeux que j' envoie au cieux,
et vraiment, je prie dieu lui demandant que, s' il m' avait vu de m'
envoyer la réponse. Ma demande fut exaucée et le bon père
me fit un cours d' anatomie, je n' ai pas tout compris , mais j'
étais satisfait. C' était les premiers entretiens avec
le serviteur de l' éternel. Petit à petit nous avons
appris à nous connaître. Une chose est sûre, j' ai
compris que quand le bébé, ce petit bout de moi-même
que je nommais ainsi, avait envie de pleurer, je devais le sortir du
panier, et quand il avait fini de pleurer, je devais le remettre dans
son panier de coton blanc que je tenais à l' aide de deux
bretelles, suspendues à mes hanches , éviter de le
regarder, éviter de le toucher. Les confessions suivantes
étaient rapides, le problème est que , bébé
a grandi. Bébé se réveillait la nuit et dans la
journée, il avait la manie de sortir sa petite tête rose
de sa couette, je prenais donc celle-ci et de deux doigts la tirais
sur sa petite tête du mieux que je pouvais en demandant au
seigneur de me pardonner. Le temps passait, le bon pasteur un jour me
demanda: « et avec les filles ?»Cette fois il ne m'
y reprendrait plus, et de lui annoncer en baissant légèrement
la tête pour faire plus vrai, qu' il m' était arrivé
de les toucher, le dos, ou de leur avoir touché les cheveux.
Me posa quelques questions sur l' endroit, pas celui que j' avais
touché, mais celui ou ça s' était passé.
Je lui avouai donc la cour de l' école et la place du village,
et fit volontairement abstraction des contreforts de l' église.
Celui du coté du clocher, ou une tranchée servait d'
assainissement à l' édifice, le sol était en
pente et je ne laissais dépasser que les yeux quand je me
retrouvais avec:... ... je ne le dirai pas, y a que l' éternel
qui le sait, et les cabanes de jardin, et la grange, et le foin! Pour
que ça! il fallait déjà que je récite
trois Pater et trois Avé. De temps en temps je retournais le
voir, c' était obligatoire, toujours à questionner,
pfuuu... Alors un jour, il devait savoir... les questions devenaient
plus précises, je suppose que l' une d' entre elles avait
lâché le morceau, j' ai du avouer , la sentence est
montée à six Pater, six Avé, plus un Souvenez
Vous. De temps en temps il faut bien assumer, alors je me suis
installé solidement sur mes genoux et j' ai commencé
par le Souvenez Vous, puis les copains qui eux, étaient déjà
passés derrière la grille de bois, jouant sur le terre plein à
coté me déconcentraient. Je me mis à feuilleter
les pages de mon manuel et soudainement me suis signé, me suis
levé pour sortir de l' église, arrivé à
la porte , je me suis retourné, et j' ai lancé un
regard coté choeur, et à mon sauveur j' ai murmuré
ma pensée: « pour les Pater et les Avé, je reviendrai » et me suis empressé de
retrouver ceux-ci.
Souvent
la confession était programmée pour le jeudi, jour sans
école, je préférais celle du samedi, ce qui me
laissait moins de temps à risquer d' entacher mon âme et
d' arriver plus saintement au dimanche, afin de partager la
collation avec d' autres fidèles.
Le
temps a passé, toujours à me poser des questions sur
cette petite chose, puis un jour j' ai retrouvé, dans notre
cache habituelle mon amie, alors que de petits baisers je lui
donnais, le petit bout se mis à m' agacer, rassemblant toutes
mes forces et faisant fi des admonitions , j' ose enfin lui demander
de l' ausculter, de vérifier s' il n' y avait point d'
anomalie dans mon anatomie. Après quelques hésitations
la brave fille à qui je venais de présenter le
responsable de l' inquiétude, le regarde longuement afin de
vérifier l' agressivité, le bébé reste
calme, alors tout doucement elle ose approcher ses petites mains, lui
caresse tout doucement la tête. C' est à ce moment là
que tout à changé, de son statut de bébé il
passe à celui de jouvenceau, il a l' air heureux, son corps a
légèrement, très légèrement
grandi, et fier de montrer sa petite tête qui du rose était
passée au rouge, regarde tendrement les chaussures de ma
belle. Il est très bien me rassure-t-elle , laisse le se
reposer. Et... pour la remercier, je pose sur chacunes des ses petites
pommettes , deux tous petits baisers.
Et
depuis je ne l' ai montré à personne.
Ps: je suis légèrement inquiet, adulte le bébé est devenu, mais depuis quelque temps, j' ai l' impression qu' il retombe en enfance.