"les quatre saisons" L’hiver m’enveloppe d’une délicate torpeur et j’aime sentir sur mes joues empourprées la brûlante froideur de l’immaculée. Ses glaciales et vertigineuses extravagances font naître en moi de violents piccottements et je jouis du seul bonheur d‘être dans ses tourments.
L’automne grisonnant m’emporte dans sa valse tourbillonnante de rouges et de carmins, le vert étant gallant leur a cédé sa place. Souvenir de ses promenades ensorcelantes, voluptueux bercements gravés au sein de ma mémoire.
L’été a qui la vie sourit, je l’aime à la folie. Scintillant de divins ornements, il possède les plus prestigieux atouts, mais ne vous y fiez pas, il peut du jour au lendemain vous montrer la magnificence de son courroux.
Au printemps je jubile et me dénude prudemment car lui est doux mais point le vent. La nature s’épanouit, se déploit et me ravie ; milles bourgeons me tirent de mes songes hivernaux, les premières fleurs ont éclos et je me prosterne devant tant de puissance et de beauté réunies ; La vie a repri, quel enchantement exquis ! Les mots ne me font pas peur, ils me rassurent, ils sont groupés dans ma tête, comme des petits soldats au garde à vous, bien disciplinés. Pourtant, un infime changement peut très rapidement les faire basculer dans la plus joyeuse débandade; Ils deviennent comme des enfants a qui l’on a demandé d’être attentifs et sages pendant la classe et qui se défoulent lorsqu’arrive l’heure de la récréation; ils courent dans tous les sens, sautent, se bousculent, tombent, se relèvent et repartent de plus belles dans le bruit perçant des cris des rires et des larmes. Lorsque je les libère, ils s’envolent et un espace de ma tête profite de les sentir voler à mon secours; je me sens alors soulagée de leur assourdissant et épuisant vacarme. Ma boite crânienne se vide, elle devient de plus en plus légère, presque aérienne, comme si j’assistais à un vol d’oiseaux partant vers des pays lointains et chauds. J‘ignore où ils se rendent précisément, alors j’attend, je les observe de loin pour ne pas les effrayer, je les laisse faire car je sais qu’ils sont guidés par leur instinct. Les mots ne sont pas des oiseaux de cage. Lorsque je les laisse ainsi libres de voler vers de nouveaux horizons, j’en ressens un profond soulagement tandis qu’à ne pas les dire ils s’empilent jusqu’à former un tas sombre qui vient boucher les espaces de ma tête et je ne crois pas qu’il existe du débouche-évier pour la tête je crois que ce sont les mots le débouche-évier de la tête. Mystère et rigueur. |